spectacles - Le temps qu'il faut - Pierre-Yves Chapalain

Derrière tes paupières

 

Spectacle en cours de création...

Texte et mise en scène de Pierre-Yves Chapalain

Avec: distrubution en cours

Création sonore Géraldine Foucault

Création lumière Florent Jacob

Scénographie et construction des décors Adeline Caron

Plasticien Mariusz Grygielewicz

Assistant metteur en scène Jonathan Le Bourhis

 

Résumé

Derrière tes paupières nous raconte l’histoire d’une femme d’une quarantaine d’années, Eléonore, au bord de l’épuisement et de la perte de ses facultés cognitives. Depuis quelques temps, elle a des oublis de plus en plus fréquents et des soucis d’élocution, qui la poussent à consulter un neurologue. Celui-ci la rassure et lui dit qu’il serait étonnant qu’à son âge elle ait une maladie de type neurovégétatif. Pour la tranquilliser il lui propose une « aide technique » expérimentale, une sorte d’humanoïde (mi homme/mi végétal) pour surveiller sa santé en direct. Eléonore accepte la proposition du médecin à condition que celui-ci ne lui prescrive pas d’arrêt de travail car elle doit terminer de mettre au point une nouvelle gamme de produits de beauté qu’elle lancera prochainement sur le marché.

 Dans le même temps, sa sœur Maya lui rend visite. Elle ne l’a pas vue depuis un certain temps, mais voudrait qu’Eléonore soit témoin à son mariage et fasse un discours avant le banquet. L’état d’Eléonore empire : ses phrases sont décousues, elle perd le fil des conversations, puis les mots… Le neurologue lui prescrit alors un arrêt de travail et propose de mettre en place la seconde phase du protocole de « l’aide technique ». L’humanoïde est désormais capable de traduire les pensées et de les exprimer à la place d’Eléonore, noyée de plus en plus dans des onomatopées incompréhensibles, avant d’arrêter complètement de parler.  

Comment retrouver cette parole perdue ? D’où vient le problème ? Tous les tests sont bons, aucune lésion, aucune infection, pas de dégénérescence neuronale, rien.

 Maya avance alors une hypothèse : Eléonore aurait en sa possession une longue lettre écrite en persan, une lettre que son ancien maître de stage lui aurait laissée avant de disparaître, un iranien qui la fascinait et dont elle était éperdument amoureuse. Elle n’a jamais cherché à traduire cette lettre mais peu de temps avant qu’elle n’arrête de parler, Eléonore s’était mise à apprendre le persan. Cette lettre serait-elle la raison de son silence ? Certains sont tentés de le croire mais est-ce suffisant ?  

Note d'intention de l'auteur/metteur en scène

En interrogeant la place des nouvelles technologies dans notre vie, la question de notre relation à la parole, au langage, et à la pensée s’est imposée ; et c’est tous ces aspects, profondément humains, dont je me saisis dans  cette pièce. Je ne compte pas (non plus) aborder l’humanoïde de manière ultra-réaliste.  L’humanoïde ne sera pas un robot mais un « être organique », quelque chose qui a plus à voir avec « le meilleur des mondes » de Aldous Huxley, un « être » qui aura été possible grâce aux manipulations génétiques, une sorte d’être hybride/mi homme/mi végétal. Cela me permettra de transposer ces questions des nouvelles technologies, sur un plan poétique, burlesque, en utilisant les outils du théâtre, en privilégiant les situations qui dégagent un potentiel de jeu… Par exemple, cet humanoïde n’aurait pas tout de suite la maîtrise du langage, il comprendrait approximativement les conversations, confondrait les mots. Néanmoins, par la suite, ça ne l’empêchera pas de réciter des poèmes… pour adoucir les plaies d’Eléonore.

D’ailleurs Eléonore ne choisit pas d’arrêter de parler, elle ne peut pas faire autrement. Son silence est comme une révolte inconsciente ; une grande colère, certainement contre son inquiétude, sa solitude, sa lutte pour être la meilleure au travail, son quotidien…. On pourrait presque dire que les mots se révoltent contre l’usage qu’elle en fait.

Cette lettre mystérieuse agit comme une force invisible certes. Eléonore l’a toujours avec elle, depuis des années, comme un fétiche ou un trésor et pourtant elle ne sait pas ce que cette lettre veut dire puisqu’elle n’a jamais cherché à la traduire et c’est au moment où elle tente (timidement) de la traduire qu’elle perd ses mots. Et puis il y a sans doute tellement de fantasmes qui sont nés autour de cette lettre, alors peut-être ne veut-elle pas vraiment la traduire au sens strict, et puis à quoi bon après toutes ces années ; peut-être aussi ne veut-elle pas tuer d’un coup toutes les possibilités qu’elle a imaginées car il y a tout un univers qui grouille dans sa tête, né des milles et une interprétations que cette lettre a pu lui suggérer. Alors donner un sens précis et fermé en traduisant la lettre et détruire toutes ces hypothèses vivantes en elle ! Non. Elle ne le peut pas.

Maya convoquera un ami d’enfance de la famille, Karl, personnage sauvage qui verra les choses autrement.

Mais Eléonore va finir par retrouver la parole (au mariage de sa sœur), une parole beaucoup plus claire, plus proche d’elle et de sa part intime : ce serait plutôt comme un réveil / un renouveau / une métamorphose. Elle avait besoin de cette retraite silencieuse pour reconfigurer son monde, se réapproprier sa propre langue. L’échange final avec le « mari » de sa sœur, la vue de son visage, agit comme une précipitation chimique qui va révéler et accélérer le changement qui avait déjà commencé à s’opérer en elle. La parole jaillit à nouveau, désencombrée, renouvelée.

Ça me semble nécessaire dans ce projet de faire appel aux compétences d’un plasticien (Mariusz Grygielewisz), en binôme avec un scénographe.  L’idée est de travailler avec des objets simples, du quotidien dont l’usage habituel sera détourné, une vieille télé, un pot de fleurs ou un ventilateur qui pourraient tout à coup dévoiler des images représentant l'intérieur d'un cerveau…Mais aussi les pensées, les rêves, ou les fantasmes des personnages pourraient aussi être projetés sur n'importe quel objet. Ces objets auraient quelque part leur propre vie. La scénographie, l’espace, seront induits par les situations contenues dans le texte, par une mécanique claire à l’intérieur du texte (son ADN). Je ne veux pas travailler avec une scénographie « totalement » préétablie, je veux qu’elle émane du plateau et du texte mais aussi des intuitions, des corps sur le plateau.  

Nous réfléchissons avec la créatrice sonore, Géraldine Foucault, à un dispositif qui permettra aux spectateurs d’entendre les pensées des personnages : une seconde dimension faite des pensées des personnages (dans certaines scènes seulement).  

Je me suis efforcé d’écrire des situations précises, comme si chaque tableau/scène pouvait se jouer indépendamment du reste. Des situations où le silence a toute sa place, de telle sorte que les spectateurs soient curieux de connaître ce qu’il y a derrière (ses silences), chaque situation provoquant une envie de savoir la suite… Mises bout à bout ces situations racontent évidemment une histoire… il y a quelque chose qui se creuse, nous enfonçant petit à petit dans une trame qui débouche à la fin sur une résolution laissant deviner un espoir. Je demanderai aux acteurs de jouer le texte à partir de leur vérité, afin de tenter de restituer une dimension du texte qui soit crédible, vécue… ce qui n’empêchera pas l’aspect burlesque, parce que c’est nécessaire de ne pas perdre de vue un certain humour, parce que selon moi, c’est une des meilleures manières de s’approprier ce monde qui arrive…